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Gilets jaunes, le message apaisant de l’Archevêque de Lille

Dans un message adressé aux rédactions, Mgr Ulrich, Archevêque de
Lille partage sa vision du climat social et de la violence que notre
société vit au quotidien. Nous portons à votre connaissance ce texte envoyé
à toutes les rédactions :

“Est-ce que nous pouvons réfléchir sur cette violence qui court dans
notre société, non pas depuis quelques semaines, mais depuis des années
? sur les insatisfactions qui de fois en fois, de mandat politique en
mandat politique, reprennent le dessus, après de brefs moments d’espoir
timide… Car, après avoir attendu beaucoup des élections qui jalonnent
notre vie politique depuis une petite vingtaine d’années, notre
peuple n’arrive
pas à trouver son unité, et à nourrir un certain goût pour l’avenir.

Certes il y a plusieurs profils types de « gilets jaunes ». En dehors de
professionnels des manifestations qui poussent à la violence, une grande
majorité d’entre eux expriment surtout la difficulté de vivre dans les
conditions actuelles : selon les analyses, cela concerne des personnes de
milieux populaires et intermédiaires, venant souvent des zones rurales et
des petites villes. Et des personnes qui côtoient, impuissantes, cette
misère au quotidien.

Il existe une situation d’abandon que beaucoup ressentent : les campagnes,
et les périphéries urbaines, en raison de choix anciens déjà
d’aménagement du territoire se sentent reléguées.

La France du TGV par exemple dessine un paysage discontinu qui nous fait
sauter d’une grande métropole à une autre, en gommant presque le
territoire qui les sépare, ou en le réduisant en quelque sorte à un
paysage. Même si la création d’universités dans les régions avait
tenté d’enrayer cette dérive vers la « métropolisation ».

Mais il existe aussi la fracture numérique qui isole les personnes qui
n’ont pas l’accès facile et quotidien à Internet ou l’usage habile et
régulier des Smartphones et des réseaux sociaux.

Et pour tous, il existe aussi une expérience très frustrante de n’avoir
plus d’autre interlocuteur, pour les multiples nécessités de la vie
quotidienne, que l’écran pour se renseigner… On ne sait plus à qui
parler pour être conseillé, guidé, pour réagir, pour s’opposer, pour se
plaindre !

En réalité, ces facteurs et quelques autres constituent la trame de fond
de ce malaise, de cette violence latente depuis plusieurs années, et qui
explose maintenant.

Et puis l’attente de solutions de plus en plus urgentes fait monter la
pression, et rend malheureusement la politique incapable de les apporter.
La création, au début du mandat présidentiel, du ministère de la
cohésion des territoires montre que le monde politique est conscient de
ces fractures et de cette désespérance qui monte.

Et puis l’attente de solutions de plus en plus urgentes fait monter la
pression, et rend malheureusement la politique incapable de les apporter.
La création, au début du mandat présidentiel, du ministère de la
cohésion des territoires montre que le monde politique est conscient de
ces fractures et de cette désespérance qui monte.

Et puis l’attente de solutions de plus en plus urgentes fait monter la
pression, et rend malheureusement la politique incapable de les apporter.
La création, au début du mandat présidentiel, du ministère de la
cohésion des territoires montre que le monde politique est conscient de
ces fractures et de cette désespérance qui monte.

Si l’on a une certaine vision à long terme – et c’est ce que devrait
produire la politique – on doit pourtant proposer des solutions à court
terme, en raison d’une part des échéances électorales régulières et
d’autre part des besoins criants d’une part grandissante de la population
qui n’aperçoit pas d’amélioration dans ses conditions de vie.

À travers des questions qui touchent la vie pratique et quotidienne, ce
sont de véritables interrogations sur le sens de la vie en société qui
sont aujourd’hui posées, et qui attendent des réponses pour le court et
pour le long terme.

Aujourd’hui, l’apaisement est la première urgence. Le conflit s’est
envenimé autour de la pression des taxes sur le prix des carburants, et
donc sur l’étranglement de certaines catégories de personnes qui ne
peuvent pas se passer de se déplacer, à trop grands frais, pour pouvoir
travailler.

Mais très vite d’autres motifs se sont ajoutés qui coalisent des attentes
contradictoires ou tout simplement juxtaposées. Parmi celles-ci, certaines
que j’ai énoncées plus haut se trouvent plus ou moins mises en lumière.

Passer à l’action politique, c’est-à-dire à la responsabilité, au
dialogue, aux propositions à discuter, à la représentation, voilà
l’étape d’aujourd’hui. On sent bien que le cœur n’est pas encore prêt à
ce passage … mais c’est une étape nécessaire ; il n’y a pas de
société qui tienne sans cela.

Personne ne peut vraiment nier qu’il existe une urgence écologique, un
réel besoin de diminuer l’empreinte de notre activité humaine sur la
bonne santé de notre planète. Et l’accroissement de nos demandes
énergétiques réagit, on le voit clairement, sur ceux qui ont le moins de
capacité financière, les plus pauvres ; elle est bien vraie l’analyse du
Pape François : « Tout est lié ! » (9 fois dans l’encyclique Laudato si’)
: il nous faut « écouter tant la clameur de la terre que la clameur des
pauvres. » Laudato si’, n°49.

On aura beau dire qu’on ne peut pas être un jour pour la modération de la
consommation énergétique et le lendemain pour continuer à épuiser nos
ressources. Mais voilà : on ne peut pas continuer à réduire à
l’indigence ceux qui ont déjà du mal à vivre tout simplement. Les
changements trop brusques de cap ne peuvent que cabrer…

Je prie Dieu notre Père chaque jour en lui confiant notre pays pour qu’il
nous conduise sur les chemins du bien commun, de la justice et de la
fraternité.”

Mgr Ulrich.

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